Un
jour jai massacré une bête. Vraiment massacré. Vraiment
salement massacré. Un acte frénétique. Jétais
jeune, une dizaine dannée. La remarque de quelquun de la
famille (mon grand-père ?). « Il y en a marre de ces
pigeons !». Alors comme ils dormaient dans un vieux pigeonnier à
labandon, jai pensé que javais mission dagir
comme il me semblait bon de le faire en commençant le massacre. Jai
pris un long bâton et jai attaqué les pigeons enfermés
dans leur pigeonnier. Jétais avec un copain. On y est allé
à cur joie. Je me souviens du regard qui me semblait effaré
dun pigeon quon avait réussi à coincer dans un coin.
Je me souviens davoir frappé complètement fasciné
par ma puissance. Un face à face entre une bête impuissante et
ma force. Il me semblait jouir pleinement de ma supériorité. Rien
naurait pu arrêté la violence de mes actes sauf lintervention
dun adulte qui eu lieu en fait à temps pour sauver la bête.
Ladmonestation fût immense au point davoir occulter ce fait
très longtemps dans ma mémoire. Je ne me sentais pas coupable,
on me fustigeait. Je ressentais de la joie, on minterdisait cette joie,
on la condamnait. Un sourire tué dans luf. Je me sentais
perdu. Je me suis senti longtemps perdu.
Jai mis longtemps à admettre que je navais été,
laissée à moi-même, quun barbare. Il maura fallu
attendre quarante ans pour rendre public de manière puérile ce
dont javais été capable, ayant espéré jusque
là que même ma mère aurait oublié cela. Je suis resté
longtemps terrorisé à lidée que quelquun dautre
que moi (les témoins de lépoque) puisse évoquer cette
affaire à ma place. Dès quune conversation en approchait,
je faisais tout ce qui était en mon pouvoir pour réorienter la
discussion. Mon enfance je linterdisais à partir de cela.
On ne porte pas en soi un tel acte sans en être sa propre victime. A partir
de linstant où il est éclairé par la dénonciation
dun autre il en reste à jamais une cicatrice. Ces événements
ne seront cependant pas suffisants pour me garantir une protection efficace
contre toute récidive. Je nai été que cela. Je narrive
pas à me sentir à labri. Je n'en ai pas non plus l'envie.
Il pourra être à tout instant un autre jour qui au gré de
circonstances improbables mais rassemblées favorisera ces sortes d'emballements.
De quoi suis-je capable au bout du compte. Sans peur de ce que je suis
les freins pourraient lâcher.
Pourquoi me servir de ce site pour dire cela ? Parce que lactualité.
Elle semble différente dans ses formes mais pas dans ses intentions.
Quels que soient nos apparences, il est dans nos ombres ces désirs de
vaincre quon exerce dès que loccasion nous en est donner.
Ces désirs de puissance dans certaines circonstances nous propulsent
dans notre fascinante et fascinée horreur. Je ne peux mempêcher
en voyant les photos de Mrs England et consorts quil est facile daller
au delà de ses limites dès que toute tutelle disparaît.
Léducation se montre parfois et très rapidement très
faible à tenir face à notre animalité. Aux autorités,
je suppose, de savoir utiliser intelligemment cette faculté pour obtenir
par des tiers aveuglés par leur pouvoir ce quils souhaitent avoir.
Lhorreur du pouvoir est le cynisme de savoir utiliser nos faiblesses,
cela depuis tant de guerres. Chacun feindrait de sétonner que dans
nos démocraties avancées de tels actes soient possibles ?
Cherchons en nous. Des hommes, rien que des hommes ! Autrement dit lâchez
les fauves, lintelligence nous rendra encore pire
A
moins que « je » soit vraiment un autre, lenfer
nest que moi